Plantes bio-indicatrices

« Il pousse plus de chose dans un jardin que n’en sème le jardinier. »
(Proverbe espagnol)

« Une mauvaise herbe est une plante dont on n’a pas encore trouvé les vertus. »
(Ralph Waldo Emerson)

Qu’est-ce qu’une plante bio-indicatrice ?

Une plante, lorsqu’elle pousse à un endroit, traduit plusieurs indications sur le sol et son environnement, et ce, simplement parce que les conditions naturelles propices à sa vie et à son développement sont présentes.

Une plante dunaire du littoral méditerranéen ne
pousserait pas à plus de 3 000 m d’altitude sur une crête de montagne des Alpes !

Par ce simple fait d’exister, la plante nous permet de comprendre son environnement et cela depuis des centaines d’années et, bien évidemment, si nous sommes à l’écoute de la nature.

Les amérindiens étaient de redoutables observateurs des lois de la nature.
Ceux-ci savaient utiliser les indications que revêtent les plantes pour deviner quel endroit était propice au pâturage de leurs animaux ou à l’installation du campement. Celui-ci disposé au sein d’une zone saine et salubre tant au niveau des risques naturels (comme des glissements de terrains ou des crues de rivières) que de la santé humaine (proche de terres regorgeant, sur plusieurs saisons, de plantes pouvant soigner la tribu).

Ces indications que révèlent les plantes sont souvent d’ordre biologique, c’est pour cela que le terme « bio-indicatrice » a fait son apparition comme « indication biologique ».

D’où viennent ces indications biologiques ?

Les indications biologiques que les plantes traduisent sont issues d’observations de terrain et d’études de leur biotope et de leur écologie.
Il y a souvent une notion de biotope primaire, le lieu de vie sauvage de la plante, et de biotope secondaire, le lieu de vie dans des endroits cultivés ou anthropisés (modifiés par l’homme).
Un parallèle est ensuite effectué entre ces deux biotopes, pour dégager des indications spécifiques relatives à une espèce.

Prenons pour exemple la salicaire, qui est une plante de milieu humide. Si celle-ci pousse dans mes cultures, je peux simplement en déduire que mon sol est très humide.
Attention donc à ce que je souhaite cultiver !

Comment peut-on s’en servir ?

Au détour de nos jardins ou aux abords de nos maisons et de nos champs, nous voyons beaucoup de ces plantes sauvages qu’on nomme souvent « mauvaises herbes ».

Ces plantes qui viennent s’installer dans nos cultures et nos parterres ne sont en réalité pas aussi « mauvaises » qu’on peut le penser :

  • elles sont de véritables indicatrices du milieu dans lequel elles poussent,
  • elles nous permettent de déduire, par leurs bio-indications, les dérèglements en cours ou les futurs problèmes que notre sol rencontrera,
  • elles sont un signe de bonne santé des sols ou, au contraire, un signe de mauvaise santé comme la pollution par les produits chimiques ou les pesticides,
  • en réalité, on pourrait simplement les nommer les « bonnes herbes » ! Les herbes qui aident le jardinier à cultiver !

Cette lecture du sol grâce à cette approche des plantes bio-indicatrices permet d’acquérir des connaissances et ainsi agir, ou non-agir, au plus juste de l’équilibre naturel auquel nous souhaitons participer en cultivant ou en gérant des terres ou des territoires.
Une meilleure connaissance du sol, de par ses expressions floristiques et faunistiques, construit un lien indispensable et inaltérable sur lequel peuvent reposer nos rythmes biologiques pour vivre de façon plus harmonieuse avec la nature.

En guise de conclusion, quelques mots de Gérard Ducerf *:
« Une plante ne pousse pas par hasard ; lorsque vous la rencontrez dans votre jardin, elle a un rôle à jouer dans cet endroit-là, à ce moment-là. »

*Botaniste et auteur de l’Encyclopédie des plantes bio-indicatrices, aux éditions Promonature.